Et si on passait à Tchap ?

WhatsApp a pris une place assez importante dans nos établissements scolaires et même dans notre vie de tous les jours.

Dans mon lycée, son utilisation entre collègues s’est notamment développée au moment du confinement. Il fallait alors trouver rapidement des moyens simples pour garder le contact et faire circuler les informations à distance. WhatsApp était déjà installé sur presque tous les téléphones : son utilisation s’est donc imposée assez naturellement.

Depuis, le confinement est derrière nous, mais les groupes WhatsApp, eux, sont restés.

Il y a le groupe des collègues, celui d’une équipe pédagogique, celui d’un projet ou d’un voyage scolaire, parfois celui de la vie scolaire… Et c’est assez logique : pour transmettre rapidement une information, la messagerie instantanée est beaucoup plus pratique qu’un mail.

Je suis d’ailleurs le premier à l’utiliser.

Mais il y a quelque chose d’un peu paradoxal à continuer à faire passer nos échanges professionnels par WhatsApp alors que l’État dispose de sa propre messagerie instantanée : Tchap.

Et celle-ci est accessible à tout le personnel de l’Éducation nationale.

WhatsApp est pratique, ce n’est pas vraiment la question

Je ne vais pas essayer de vous convaincre que WhatsApp est une mauvaise application. Si nous l’utilisons autant, c’est précisément parce qu’elle fonctionne bien.

Tout le monde ou presque l’a déjà sur son téléphone, créer un groupe prend quelques secondes et il n’y a généralement rien à expliquer aux nouveaux utilisateurs.

Le problème apparaît plutôt lorsqu’on commence à l’utiliser comme un véritable outil professionnel.

Pour rejoindre un groupe WhatsApp, il faut notamment communiquer son numéro de téléphone personnel. Celui-ci devient alors visible par l’ensemble des membres du groupe.

Dans une équipe de quelques personnes qui se connaissent bien, cela ne pose pas forcément de problème. Dans un établissement qui compte plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnels, la question mérite déjà davantage d’être posée.

Et puis il y a cette drôle de situation où, sur notre téléphone personnel, les messages des collègues se retrouvent entre ceux de notre famille et ceux de nos amis.

Ce mélange des usages peut d’ailleurs provoquer quelques situations embarrassantes. Il est déjà arrivé que des messages manifestement personnels, destinés à un proche ou à une conversation privée, soient envoyés par erreur dans un groupe professionnel. Quand les conversations personnelles et professionnelles se trouvent toutes dans la même application, une erreur de destinataire est vite arrivée.

Ce n’est évidemment pas un problème propre à WhatsApp : on peut se tromper de conversation dans n’importe quelle messagerie. Mais utiliser une application distincte pour nos échanges professionnels limite au moins ce risque et rend la frontière beaucoup plus évidente.

À défaut de pouvoir parfaitement séparer vie professionnelle et vie personnelle, on peut peut-être au moins séparer les outils.

Tchap, c’est quoi ?

Tchap est la messagerie instantanée du secteur public.

Elle est conçue et gérée par l’administration française et permet aux agents publics de communiquer depuis un même outil. Elle est disponible sur ordinateur et sur smartphone, avec des applications pour iPhone et Android.

En pratique, on retrouve beaucoup de choses que l’on attend aujourd’hui d’une messagerie instantanée : discussions, envoi de documents, de photos, de vidéos ou de messages vocaux, appels audio et vidéo, annuaire des utilisateurs…

Il est également possible de créer des forums pour diffuser des informations à un grand nombre d’agents et même, lorsque c’est nécessaire, d’inviter des personnes extérieures à la fonction publique.

Bref, on est assez loin d’une obscure messagerie administrative permettant uniquement d’envoyer trois lignes de texte à un collègue.

Une messagerie pensée pour nos échanges professionnels

C’est évidemment l’un des principaux intérêts de Tchap par rapport à une application grand public.

Tchap est conçu et hébergé en France et l’État maîtrise son infrastructure ainsi que ses développements. Côté sécurité, les messages privés sont chiffrés de bout en bout.

Sans tomber dans l’opposition caricaturale entre « méchantes applications américaines » et « gentil logiciel français », il y a tout de même une question assez simple à se poser :

Si nous devons échanger des informations professionnelles sur une messagerie instantanée, pourquoi ne pas utiliser celle qui est justement mise à notre disposition pour cela ?

Pas besoin de donner son numéro de téléphone

Pour moi, c’est probablement l’un des arguments les plus concrets.

Sur WhatsApp, rejoindre un groupe professionnel implique de communiquer son numéro de téléphone personnel. Mais avoir le numéro de quelqu’un ne signifie pas forcément savoir qui il est.

Dans un groupe qui rassemble beaucoup de collègues, il n’est pas rare de voir apparaître des numéros que l’on n’a jamais enregistrés dans ses contacts. À moins que la personne soit déjà dans notre répertoire ou que son profil WhatsApp permette de l’identifier clairement, on ne sait pas toujours immédiatement qui vient d’envoyer un message.

Et enregistrer dans son téléphone personnel les numéros de dizaines de collègues uniquement pour pouvoir les identifier n’est pas vraiment une solution.

Avec Tchap, la logique est différente : nous échangeons avec des identités professionnelles. L’annuaire intégré permet de retrouver les agents inscrits et de savoir beaucoup plus facilement avec qui l’on échange, sans avoir besoin de connaître leur numéro de téléphone.

Cela permet aussi de créer une frontière un peu plus claire sur nos téléphones :

  • WhatsApp, Signal, Messenger… pour le personnel.
  • Tchap pour le professionnel.

Évidemment, installer Tchap ne fera pas miraculeusement respecter le droit à la déconnexion. Si un collègue envoie un message à 23 h 42, il pourra toujours le faire.

Mais une application professionnelle peut au moins rester fermée ou silencieuse lorsqu’on ne travaille pas.

Ce n’est pas non plus un nouvel ENT

Je pense que c’est un point important, parce que nous avons déjà beaucoup d’outils dans l’Éducation nationale.

Tchap n’a pas vocation à remplacer l’ENT, Pronote ou la messagerie académique.

Je continuerais par exemple à utiliser le mail pour une information officielle, une convocation ou un message qui doit pouvoir être facilement retrouvé plusieurs mois plus tard.

En revanche :

  • « Quelqu’un peut ouvrir la salle 402 ? »
  • « Je vais avoir dix minutes de retard. »
  • « Le réseau fonctionne de nouveau. »
  • « Qui participe à la sortie de jeudi ? »

Pour ce genre de messages, nous utilisons déjà la messagerie instantanée.

Tchap ne vient donc pas forcément ajouter un outil supplémentaire. Il peut surtout remplacer un outil personnel que nous utilisons déjà pour travailler.

Un intérêt qui dépasse même notre établissement

C’est un aspect de Tchap auquel je n’avais pas forcément pensé au départ.

L’application ne sert pas uniquement à discuter avec les personnels de son propre lycée ou collège. Elle est ouverte plus largement aux agents de l’État, mais également aux universités, aux collectivités territoriales et aux établissements hospitaliers.

On peut donc retrouver dans un même outil des collègues d’autres établissements ou d’autres services publics.

Pour les personnes qui travaillent régulièrement avec différents établissements, des services académiques, des collectivités ou dans le cadre de groupes de travail, cela peut devenir particulièrement intéressant.

Le vrai problème : convaincre tout le monde d’y aller

Techniquement, la transition n’est pas très compliquée.

Dans l’Éducation nationale, il est possible d’utiliser son adresse académique et ProConnect pour créer son compte.

Le véritable obstacle est ailleurs : WhatsApp est déjà installé.

Les groupes existent. Les habitudes sont prises. Et une messagerie instantanée dans laquelle personne ne répond n’a évidemment aucun intérêt.

C’est probablement pour cela que la transition doit se faire de manière collective.

Plutôt que de dire « Tchap existe, installez-le si vous voulez », un établissement peut décider que son groupe de discussion informel passe désormais sur Tchap. Même chose pour une équipe ou un projet.

Au bout de quelques semaines, ouvrir Tchap devient simplement une nouvelle habitude.

Alors, pourquoi ne l’utilisons-nous pas davantage ?

C’est finalement la question que je me pose.

Nous avons adopté la messagerie instantanée au travail parce qu’elle répond à un besoin réel. Il ne me semble ni réaliste ni souhaitable de vouloir revenir à une communication exclusivement par mail.

Mais cela ne signifie pas que nous sommes obligés d’utiliser nos outils personnels pour autant.

Nous avons désormais une messagerie conçue pour les agents publics, hébergée en France, accessible sur ordinateur et smartphone, avec un annuaire professionnel et les principales fonctions que nous utilisons quotidiennement sur les autres messageries.

Elle permet surtout de remettre une petite frontière entre nos échanges personnels et professionnels.

Alors plutôt que de créer un énième groupe WhatsApp à la rentrée, pourquoi ne pas essayer Tchap ?

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