Après l’abondance

Les traces d’un grand magasin

En parcourant les étages du BHV, j’ai été frappé par le contraste entre l’image que l’on se fait d’un grand magasin parisien et la réalité que je découvrais. Plusieurs espaces étaient condamnés, certaines marques avaient quitté les lieux et de vastes surfaces de vente avaient été vidées de leur mobilier.

Les photographies de cette série s’intéressent à ce moment de transition. Des étagères désormais vides, des bureaux abandonnés, des comptoirs déplacés, des rayonnages démontés et quelques éléments de signalétique composent un décor inhabituel. Les lieux ne sont ni véritablement en activité, ni totalement abandonnés. Ils semblent suspendus entre deux états.

Cette série ne cherche pas à documenter les raisons de cette transformation, mais à observer ce qu’il reste lorsque l’abondance disparaît. Les espaces conçus pour présenter, vendre et mettre en scène les objets deviennent eux-mêmes les sujets de l’image.

Un grand magasin en mutation

Fondé en 1856 sous le nom de Bazar de l’Hôtel de Ville, le BHV est l’un des grands magasins historiques de Paris. Installé face à l’Hôtel de Ville, il s’est progressivement développé jusqu’à occuper plusieurs bâtiments, devenant une référence dans les domaines du bricolage, de la décoration, de la mode et de l’équipement de la maison.

Comme l’ensemble du commerce traditionnel, le BHV connaît depuis plusieurs années de profondes mutations. L’évolution des habitudes de consommation, la montée en puissance du commerce en ligne, la concurrence des enseignes internationales de mode à bas coût et la transformation du centre de Paris conduisent à une réorganisation progressive des espaces commerciaux. Certaines enseignes quittent le magasin tandis que d’autres sont appelées à les remplacer.

Les photographies réunies ici témoignent d’un instant rarement visible du public : celui où un grand magasin se vide avant de se réinventer. Loin de l’effervescence habituelle des vitrines et des rayons, elles révèlent une architecture provisoirement dépouillée de sa fonction commerciale.

Entre les cloisons démontées, les plateaux désertés et les meubles déplacés, le bâtiment laisse apparaître son envers. Le lieu de consommation devient alors un paysage en transition, où l’absence des marchandises attire autant le regard que leur présence autrefois.

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