Un paysage construit
Les Buttes-Chaumont sont souvent présentées comme l’un des plus beaux parcs de Paris. Pourtant, en les parcourant appareil photo à la main, ce n’est pas seulement la végétation qui retient l’attention. Derrière les arbres et les reliefs se cache un paysage entièrement façonné par l’homme.
Au fil de cette promenade, mon regard s’est porté sur les ouvrages qui structurent le parc : les falaises, les ponts, les garde-corps, les escaliers et les perspectives. Quelques photographies s’éloignent des allées pour rejoindre la Petite Ceinture ferroviaire, dont la tranchée traverse discrètement le parc. Les rails, aujourd’hui silencieux, rappellent que cet espace de promenade est aussi un lieu d’histoire industrielle.
Cette série cherche à montrer cette double identité : un jardin romantique en apparence, mais profondément marqué par les grandes transformations urbaines du XIXᵉ siècle.










Des carrières au parc paysager
Inauguré en 1867 sous Napoléon III à l’occasion de l’Exposition universelle, le parc des Buttes-Chaumont est l’une des grandes réalisations du Second Empire. Conçu par Jean-Charles Alphand avec l’architecte Gabriel Davioud, le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps et l’ingénieur Eugène Belgrand, il transforme d’anciennes carrières de gypse et des terrains dégradés en un vaste paysage inspiré des jardins anglais. Falaises, grotte, lac artificiel, cascades et île du Belvédère sont entièrement créés de toutes pièces pour offrir aux visiteurs une succession de points de vue et d’effets de surprise.
Quelques années avant l’ouverture du parc, la ligne de la Petite Ceinture est construite à travers ce secteur de Paris. Elle emprunte une profonde tranchée dominée aujourd’hui par le pavillon Puebla, devenu le Rosa Bonheur, puis rejoint le tunnel de Belleville. Pendant plus d’un siècle, des trains de voyageurs puis de marchandises y circulent quotidiennement, notamment pour desservir les abattoirs et le marché aux bestiaux de La Villette.
Si les trains ont aujourd’hui disparu de cette portion, la voie ferrée demeure un élément fort du paysage. Envahie progressivement par la végétation, elle constitue désormais un corridor écologique majeur au cœur de Paris tout en conservant les traces visibles de son passé ferroviaire. Au milieu d’un parc conçu pour imiter la nature, cette infrastructure rappelle que les Buttes-Chaumont sont avant tout une œuvre d’ingénierie autant qu’un espace de promenade.











