Le futur qui n’est jamais arrivé
En remontant vers Paris par la nationale, j’ai aperçu la silhouette familière du viaduc de l’Aérotrain. Impossible de ne pas ralentir le regard. Les photographies de cette série ont été réalisées à travers la vitre ouverte d’une voiture en mouvement, au rythme de la route qui longe tour à tour l’ancienne voie d’essai et la ligne ferroviaire actuelle.














Au fil des kilomètres, deux visions du transport se côtoient. D’un côté, le viaduc de béton de l’Aérotrain, abandonné depuis près d’un demi-siècle ; de l’autre, les rails toujours en service, où passent encore des TER et des trains de fret. À quelques kilomètres de là, la sucrerie Tereos d’Artenay prolonge ce paysage industriel, dont les silhouettes et les infrastructures dessinent l’identité de la Beauce.
Cette série est autant un témoignage sur le mouvement que sur les traces laissées par les grands projets d’aménagement du territoire.











L’héritage de l’Aérotrain
Imaginé au début des années 1960 par l’ingénieur Jean Bertin, l’Aérotrain est un véhicule expérimental destiné à circuler sur un coussin d’air, guidé par une voie en béton en forme de T inversé. Affranchi du contact avec les rails, il promet des vitesses inédites tout en limitant les frottements.
Pour mettre au point cette technologie, plusieurs voies d’essai sont construites en France. La plus connue est celle reliant Saran à Ruan, au nord d’Orléans, longue d’environ 18 kilomètres. C’est sur cette infrastructure que sont réalisés les essais les plus spectaculaires. En 1974, un prototype y atteint plus de 430 km/h, un record pour un véhicule terrestre sur coussin d’air.
Malgré ces performances, l’Aérotrain ne sera jamais exploité commercialement. En 1974, l’État choisit de soutenir le développement du Train à Grande Vitesse (TGV), plus compatible avec le réseau ferroviaire existant. Le programme est définitivement abandonné quelques mois plus tard.
Aujourd’hui, le viaduc traverse toujours la Beauce. Visible depuis la route comme depuis la voie ferrée, il constitue l’un des vestiges les plus emblématiques de l’histoire industrielle française. À ses côtés, les trains continuent de circuler quotidiennement, rappelant le choix technologique qui a façonné le paysage ferroviaire contemporain.
Au milieu de ces infrastructures se dresse également la sucrerie Tereos d’Artenay. Avec ses silos, ses cheminées et ses installations industrielles, elle s’inscrit dans un territoire profondément marqué par les grandes cultures céréalières et betteravières. Elle constitue un contrepoint à l’Aérotrain : non pas le symbole d’un futur imaginé, mais celui d’une activité industrielle toujours bien vivante.







